Histoire de la lingerie : du corset victorien à la bralette

Culture & histoire de la lingerie · Deux siècles

Histoire de la lingerie : des corsets victoriens aux bralettes, 200 ans d'évolution

Mis à jour en octobre 2026 · 13 min de lecture · Culture & histoire

Trois mythes reviennent sans cesse dans l'histoire de la lingerie, et ils tombent tous les trois sur des sources vérifiables. La taille de guêpe victorienne de 45 cm : sur les 197 corsets de la collection Symington, un seul mesure 18 pouces et la majorité se situe entre 20 et 26. Le premier brevet de soutien-gorge déposé par Mary Phelps Jacob en 1914 : quatre brevets le précèdent, dont un de 1893. Et les soutiens-gorge brûlés en manifestation : il n'y a jamais eu de feu — les autorités l'avaient interdit parce que la promenade était en bois. Les vraies histoires sont meilleures que les fausses, et les voici.

XIXᵉ siècle

La taille de guêpe n'a pas existé

On lit souvent que « la femme idéale victorienne porte une taille de guêpe : 45 à 55 centimètres ». C'est l'affirmation la plus répandue du sujet et elle est démentie par les corsets eux-mêmes, qui sont conservés par centaines et qui se mesurent.

La collection Symington, aux musées du Leicestershire, en compte 197. Sur ces 197 corsets : un seul mesure 18 pouces, onze mesurent 19 pouces, et la majorité se situe entre 20 et 26 pouces — soit 51 à 66 cm. À Colonial Williamsburg, le plus petit corps à baleines mesure 24 pouces et le plus grand dépasse 30. Sur l'ensemble des collections des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, la fourchette habituelle va de 24 à 30 pouces.

Et il faut encore corriger dans l'autre sens. Pour déduire le tour de taille réel d'une porteuse, on ajoute 2 à 3 pouces à la mesure du corset, parce qu'un corset correctement lacé conserve un écart dans le dos. Une pièce de 20 pouces habillait donc une taille d'environ 22 ou 23 pouces, soit 56 à 58 cm. Le 16 pouces, lui, est désigné dans la littérature comme une « taille mythique » de la période : aucun exemplaire n'est cité.

Deux précisions pour être juste. La source elle-même avertit que les vêtements conservés sur-représentent les propriétaires aisées, qui avaient les moyens de les garder — l'échantillon n'est pas la population. Et le laçage serré, qui apparaît comme possibilité technique vers 1840-1850, était une mode optionnelle, pas le synonyme du port du corset. Quant à l'ablation chirurgicale de côtes, Valerie Steele la qualifie d'« entièrement mythique » : il n'en existe aucune trace historique.

Pourquoi ce chiffre compte pour vous. Le mythe de la taille de 45 cm sert aujourd'hui à vendre deux choses opposées : des gaines, en suggérant qu'une telle réduction est atteignable, et de la culpabilité historique, en suggérant que les femmes d'avant se mutilaient. Les deux sont faux. Le corset du XIXᵉ siècle soutenait la poitrine et lissait une ligne — ce que fait aujourd'hui une bande large de soutien-gorge. Nous développons cette réhabilitation dans l'histoire du corset, de l'instrument de torture à la pièce de mode désirée.

1893-1914

Qui a vraiment inventé le soutien-gorge

On attribue souvent « le premier brevet » à l'Américaine Mary Phelps Jacob, en 1914, pour une pièce faite de deux mouchoirs de soie et d'un ruban. L'anecdote est charmante, elle est partout, et elle est fausse sur un point précis : quatre brevets au moins la précèdent.

Marie Tucek obtient un brevet américain délivré le 28 mars 1893 pour un « breast supporter » : une plaque rigide de métal ou de carton, recouverte de tissu, avec une poche pour chaque sein — description qui ressemble furieusement à un push-up moderne. Christine Hardt, à Dresde, dépose en 1899 le brevet allemand 110888A. Herminie Cadolle brevette son « corselet-gorge », qui sépare pour la première fois le soutien du haut du corset du bas. Et Sigmund Lindauer dépose en 1912 le premier modèle conçu pour la production industrielle, fabriqué à Böblingen.

Ce que Jacob a réellement fait est plus intéressant. Elle confectionne sa pièce en 1913, la brevette en 1914 sous le nom de « backless brassière » — brevet américain 1 115 674, délivré le 1ᵉʳ novembre 1914 —, et c'est le premier déposé dans la catégorie « brassieres » que l'office américain venait tout juste de créer. Nuance de taille : premier d'une catégorie nouvelle, pas premier brevet de soutien-gorge.

La fin de l'histoire est celle qu'on ne raconte jamais. Elle vend ses modèles à ses amies pour un dollar, fonde la Fashion Form Brassière Company avec une fabrique à Boston employant deux ouvrières, puis ferme l'entreprise après quelques centaines de pièces, sur l'insistance de son mari. Elle cède son brevet à la Warner Brothers Corset Company pour 1 500 dollars. Warner en tirera, selon les estimations, plus de 15 millions de dollars en trente ans. L'étape par étape est dans l'histoire du soutien-gorge et son impact sur la mode féminine.

1935-1959

15 mai 1940 : quatre millions de paires

On décrit souvent les bas nylon comme « accessibles à toutes, quasi indestructibles ». Le second adjectif est faux : le nylon filait, c'est resté sa réputation la plus tenace, et c'est même ce qui a fait de la paire de rechange un réflexe. En revanche l'ampleur du phénomène mérite des chiffres, parce qu'ils sont spectaculaires.

Le polymère est breveté en 1935 par Wallace Carothers chez DuPont. La mise en vente publique a lieu le 15 mai 1940 : quatre millions de paires s'écoulent en quatre jours. À partir de 1942, le nylon est réquisitionné pour les parachutes — qui étaient jusque-là en soie — et les bas disparaissent. Leur retour provoque, entre août 1945 et mars 1946, les épisodes que la presse américaine a baptisés nylon riots : files d'attente et bousculades devant des stocks insuffisants. Le collant, lui, n'arrive qu'en 1959, et c'est lui qui fera reculer le porte-jarretelles dans l'usage quotidien.

Un point de méthode, parce qu'il éclaire toute cette page : la demande pour un article intime existait avant la grande publicité des magazines féminins. Le détail de cette révolution est dans les grandes révolutions de la lingerie au XXᵉ siècle, des bas nylon au string.

7 septembre 1968

Le soutien-gorge brûlé qui n'a jamais brûlé

On écrit souvent : « On brûle symboliquement des soutiens-gorge — ou du moins, on en fait le récit. » La prudence est bonne, mais l'histoire réelle est bien plus utile que l'ambiguïté.

Le 7 septembre 1968, à Atlantic City, quelques centaines de femmes manifestent sur la promenade devant le palais des congrès où se tient l'élection de Miss America. L'action est organisée par les New York Radical Women, conçue par la féministe radicale Carol Hanisch, et annoncée par un communiqué de presse du 22 août 1968.

Au centre du dispositif, une « Freedom Trash Can », poubelle de la liberté, dans laquelle les manifestantes jettent ce qu'elles considèrent comme des symboles d'oppression. Le communiqué en donne la liste : soutiens-gorge, gaines, bigoudis, faux cils, perruques, et des numéros de Cosmopolitan, Ladies' Home Journal et Family Circle.

Rien n'a brûlé. Les autorités ont demandé aux manifestantes de ne pas mettre le feu à la poubelle, pour une raison parfaitement prosaïque : la promenade était en bois et hautement inflammable.

Alors d'où vient le mythe ? D'un article. Lindsy Van Gelder, journaliste au New York Post, écrit avant la manifestation un texte suggérant que les participantes brûleraient des soutiens-gorge — par analogie avec les cartes de conscription que l'on brûlait alors contre la guerre du Vietnam. D'autres plumes du Post rapportent ensuite la chose comme un fait, et le chroniqueur humoristique Art Buchwald, syndiqué dans tout le pays, achève de la répandre. L'image la plus célèbre du féminisme de la deuxième vague a été inventée par un journaliste, en amont, et jamais corrigée. La façon dont la lingerie est devenue un objet politique est traitée dans comment la lingerie sexy est devenue un symbole d'émancipation féminine.

Période Le fait daté Ce qu'on lit souvent
1840-1900 197 corsets Symington : 1 à 18 pouces, 11 à 19, la majorité de 20 à 26 (51-66 cm), plus 2-3 pouces d'écart de laçage « Taille de guêpe : 45 à 55 cm »
1893-1912 Tucek 1893, Hardt 1899, Cadolle, Lindauer 1912 : quatre brevets antérieurs « Le premier brevet en 1914 »
1914 Jacob brevette le « backless brassière », US 1 115 674, et cède son brevet pour 1 500 dollars Rarement mentionné
1940-1946 4 millions de paires en 4 jours ; réquisition en 1942 ; nylon riots août 1945 - mars 1946 « Quasi indestructibles »
1947 « New Look » de Dior : retour d'une silhouette exigeant structure et soutien Exact
7 sept. 1968 Freedom Trash Can à Atlantic City. Aucun feu : promenade en bois inflammable « On brûle symboliquement »
1959 / 2010s Collant en 1959 ; essor de la bralette dans les années 2010 Exact
Le reste du dossier

La chronologie, et où lire la suite

Cette page tient le fil des deux siècles. Chacune de ses étapes a sa page dédiée sur ce blog, qui va plus loin — et nous vous y envoyons plutôt que d'en répéter le contenu.

Pour la période fondatrice, voyez la lingerie dans la Belle Époque et la petite culotte à travers les siècles. Pour les pièces qui ont survécu à leur époque, le porte-jarretelles, histoire d'un accessoire devenu icône et les bas nylon.

Pour la bascule marchande des années 1980 et 1990, l'ascension, la chute et la renaissance de la marque de lingerie la plus célèbre du monde — fondée en 1977 — et Agent Provocateur. Pour le savoir-faire, la lingerie française et le rayonnement de Paris, les dix maisons les plus iconiques et ce qu'est la haute lingerie.

Et pour la lecture politique, lingerie et féminisme, pourquoi la lingerie sans baleine est devenue un symbole d'émancipation et comment la lingerie est représentée dans les médias et la publicité.

Un point juridique

Une appellation à manier avec soin

La « dentelle de Calais » est souvent citée, tantôt pour désigner un patrimoine, tantôt dans une liste de matières où investir. Nous ne l'employons pas, et il faut dire pourquoi, car la raison n'est pas stylistique.

« Dentelle de Calais » est une appellation protégée. Elle ne désigne pas un style de dentelle mais une production certifiée, issue des métiers Leavers des manufactures de Calais et de Caudry. Une boutique ne peut l'employer que si les pièces concernées en proviennent réellement et que ses fournisseurs détiennent le droit de l'invoquer. L'utiliser comme simple synonyme de « belle dentelle » serait donc inexact.

Nous nommons donc ce que nous vendons par ce que c'est : de la dentelle, dont notre collection dentelle signature rassemble les plus travaillées. Pour lire ce que dit réellement une étiquette, nous avons une page faite pour cela : comment lire une étiquette de lingerie.

◈

51 à 66 cm

La fourchette majoritaire des 197 corsets de la collection Symington, à laquelle il faut ajouter 2 à 3 pouces d'écart de laçage. Le 45 cm du mythe n'y figure pas.

Mesuré
⌇

1 500 dollars

Le prix auquel Mary Phelps Jacob a cédé son brevet à Warner, qui en tirera plus de 15 millions en trente ans. L'histoire que l'anecdote des deux mouchoirs fait oublier.

Documenté
❙

Zéro feu

Aucun soutien-gorge n'a brûlé le 7 septembre 1968 : la promenade d'Atlantic City était en bois. Le mythe vient d'un article écrit avant la manifestation.

Corrigé
Ce qu'il faut retenir

Sept faits, et ce qu'ils remplacent

  • Sur 197 corsets de la collection Symington, un seul mesure 18 pouces et la majorité va de 20 à 26 — soit 51 à 66 cm, avant l'ajout de 2 à 3 pouces d'écart de laçage.
  • Le 16 pouces est une « taille mythique » de la période, et l'ablation de côtes est jugée « entièrement mythique » par Valerie Steele, sans aucune trace historique.
  • Quatre brevets précèdent celui de 1914 : Tucek en 1893, Hardt en 1899, Cadolle, Lindauer en 1912.
  • Jacob a cédé son brevet pour 1 500 dollars ; Warner en aurait tiré plus de 15 millions en trente ans.
  • Les bas nylon n'étaient pas indestructibles — ils filaient. Mais quatre millions de paires se sont vendues en quatre jours le 15 mai 1940.
  • Aucun soutien-gorge n'a brûlé le 7 septembre 1968 : les autorités l'avaient interdit, la promenade étant en bois.
  • « Dentelle de Calais » est une appellation protégée, à ne pas employer comme synonyme de belle dentelle.
titre: Les pièces qui descendent de cette histoire | produits: 18205-guepiere-victoria-casmir, catherine-bas, top-triangle
Livraison discrèteEmballage neutre, sans mention de la boutique
Retours gratuits sous 15 joursFrais de retour à notre charge, étiquette d'hygiène intacte
Du 36 au 52Pièces de 12 à 132 €, livraison offerte dès 69 €

Questions fréquentes

Les femmes victoriennes avaient-elles vraiment une taille de 45 cm ?

Non. La collection Symington, aux musées du Leicestershire, compte 197 corsets : un seul mesure 18 pouces, onze mesurent 19, et la majorité se situe entre 20 et 26 pouces, soit 51 à 66 cm. À Colonial Williamsburg, le plus petit corps à baleines fait 24 pouces. Il faut en outre ajouter 2 à 3 pouces à la mesure d'un corset pour obtenir le tour de taille réel de la porteuse, à cause de l'écart de laçage. Le 16 pouces est désigné dans la littérature comme une taille mythique, sans exemplaire cité.

Les corsets faisaient-ils retirer des côtes ?

Non, et l'historienne Valerie Steele qualifie cette idée d'« entièrement mythique » : il n'existe aucune trace historique de telles opérations. Le laçage serré apparaît comme possibilité technique vers 1840-1850 et constituait une mode optionnelle, pas le synonyme du port du corset. On ne peut pas affirmer que le corset était absolument sans effet sur la santé, mais les récits de mutilations relèvent d'une lecture moderne.

Qui a inventé le soutien-gorge ?

Pas Mary Phelps Jacob, contrairement à ce qu'on lit souvent. Quatre brevets au moins la précèdent : Marie Tucek, brevet américain délivré le 28 mars 1893 pour un « breast supporter » à poches ; Christine Hardt à Dresde en 1899 ; Herminie Cadolle et son « corselet-gorge », qui sépare le soutien du haut du corset du bas ; et Sigmund Lindauer en 1912, premier modèle conçu pour la production industrielle. Jacob dépose en 1914 le « backless brassière », brevet US 1 115 674 — le premier de la catégorie « brassieres » que l'office américain venait de créer, ce qui n'est pas la même chose.

Qu'est devenu le brevet de Mary Phelps Jacob ?

Elle l'a vendu. Après avoir confectionné sa pièce en 1913 à partir de deux mouchoirs et d'un ruban, l'avoir vendue à ses amies pour un dollar et fondé la Fashion Form Brassière Company avec une fabrique à Boston employant deux ouvrières, elle ferme l'entreprise après quelques centaines de pièces, sur l'insistance de son mari. Elle cède le brevet à la Warner Brothers Corset Company pour 1 500 dollars. Warner en aurait tiré plus de 15 millions de dollars dans les trente années suivantes.

Des féministes ont-elles brûlé des soutiens-gorge ?

Non, jamais. Le 7 septembre 1968, quelques centaines de femmes manifestent à Atlantic City contre l'élection de Miss America, à l'initiative des New York Radical Women et sur une idée de Carol Hanisch. Elles jettent dans une « Freedom Trash Can » soutiens-gorge, gaines, bigoudis, faux cils, perruques et magazines féminins. Rien n'a été brûlé : les autorités l'ont interdit, la promenade d'Atlantic City étant en bois et hautement inflammable. Le mythe vient d'un article de Lindsy Van Gelder au New York Post, écrit avant la manifestation, par analogie avec les cartes de conscription que l'on brûlait alors.

Les bas nylon étaient-ils indestructibles ?

Non, et c'est même l'inverse : ils filaient, ce qui est resté leur réputation la plus tenace et a fait de la paire de rechange un réflexe. Ce qui est vrai, c'est l'ampleur du phénomène. Le nylon est breveté en 1935 par Wallace Carothers chez DuPont, mis en vente le 15 mai 1940 avec quatre millions de paires écoulées en quatre jours, puis réquisitionné pour les parachutes à partir de 1942. Son retour provoque les nylon riots entre août 1945 et mars 1946. Le collant n'arrive qu'en 1959.

Pourquoi ne parlez-vous pas de dentelle de Calais ?

Parce que c'est une appellation protégée, et non un synonyme de belle dentelle. Elle désigne une production certifiée issue des métiers Leavers des manufactures de Calais et de Caudry, et une boutique ne peut l'invoquer que si ses pièces en proviennent réellement. Nous nommons donc ce que nous vendons par ce que c'est : de la dentelle, dont la qualité se lit sur l'étiquette plutôt que dans une appellation empruntée.

Deux siècles, et sept faits

Les vraies histoires sont meilleures que les mythes

Une taille de 45 cm qui n'a jamais existé, un premier brevet qui en était le cinquième, un bûcher qui n'a jamais été allumé parce que la promenade était en bois : les trois légendes de l'histoire de la lingerie tombent sur des sources accessibles à tous. Ce qui reste est plus intéressant — et un corset du XIXᵉ siècle faisait à peu près ce que fait aujourd'hui une bande large de soutien-gorge.

Ou parcourez toute notre lingerie fine femme, sans baleine obligatoire.

Partager cet article

La Rédaction Voyage Sensuel

Experts lingerie & art de vivre sensuel

Notre équipe sélectionne et teste personnellement chaque pièce du catalogue — plus de 3 000 références issues des meilleures maisons européennes : Axami, Noir Handmade, Anais, Obsessive. Nos articles sont rédigés à partir de cette expertise terrain, pour vous aider à choisir une lingerie qui vous ressemble vraiment.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant leur publication.